07 septembre 2026
Communiqué
À l’occasion de la Journée mondiale de la dermatite atopique, le réseau national de recherche clinique GREAT-FRADEN, labellisé F-CRIN, dresse un état des lieux de la prise en charge de cette maladie et des avancées en recherche clinique. Depuis quelques années, l’arrivée de nouvelles options thérapeutiques a considérablement élargi les possibilités de traitement des formes modérées à sévères. Ce progrès important ouvre désormais de nouveaux enjeux pour la recherche, notamment autour de la personnalisation des stratégies thérapeutiques et de l’évaluation des traitements en vie réelle.
Une maladie fréquente mais souffrant d’idées reçues
La dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique de la peau qui touche 10 à 15 % des enfants et 3 à 4 % des adultes en France. Elle débute le plus souvent pendant l’enfance et se caractérise par une peau sèche, une inflammation et des démangeaisons parfois très importantes.
Cette maladie a longtemps souffert de nombreuses idées reçues perturbant la prise en charge des patients : en effet, bien qu’elle puisse s’accompagner d’autres maladies de la même famille comme l’asthme, la rhinite allergique ou certaines allergies alimentaires, la dermatite atopique n’est pas elle-même une allergie cutanée, mais bien une hypersensibilité de la peau.
Les formes modérées à sévères, qui représentent environ 50 % des cas, ont un impact majeur sur la qualité de vie : les démangeaisons peuvent perturber le sommeil, la concentration, les activités quotidiennes et peuvent s’accompagner d’un retentissement psychologique important, notamment lorsque les lésions sont visibles. Chez l’enfant, la scolarité et la vie sociale peuvent également en pâtir.
Une prise en charge qui a profondément évolué
Pendant plusieurs décennies, la prise en charge de la maladie pour les formes légères à modérées reposait principalement sur l’hydratation de la peau et les traitements anti-inflammatoires locaux, notamment les dermocorticoïdes, afin de soulager les poussées.
Ces options n’étant pas suffisamment efficaces pour les patients atteints de formes sévères, les alternatives thérapeutiques se sont considérablement développées depuis 2018. La prise en charge repose désormais notamment sur deux grandes familles de traitements : les biothérapies et les inhibiteurs de JAK, avec sept options de traitements (quatre biothérapies et trois inhibiteurs de JAK) qui offrent aux médecins et aux patients une plus large possibilité de prise en charge. Aujourd’hui, plus de 80 % des patients atteints par ces formes peuvent être traités grâce à ces nouvelles thérapies.
Pour autant, le choix du traitement reste encore largement fondé sur les caractéristiques cliniques du patient et les éventuels facteurs de risque ou maladies associées. La recherche doit désormais permettre de mieux personnaliser les stratégies thérapeutiques, afin d’identifier les traitements les plus adaptés à chacun.
Au-delà des traitements, une approche globale
Les recommandations publiées en 2025 par le Centre de Preuves de la Société Française de Dermatologie, avec la participation du réseau GREAT-FRADEN, rappellent que la prise en charge de la dermatite atopique va au-delà des traitements médicamenteux. Les soins locaux, l’hygiène de la peau et la gestion des facteurs irritants constituent la première étape de la prise en charge.
L’éducation thérapeutique occupe également une place importante dans ce parcours de soin, en proposant aux patients un accompagnement global dans la prise en charge de leur maladie. Elle peut parfois s’accompagner d’un soutien psychologique, afin de mieux prendre en compte le ressenti et le vécu de la maladie chez le patient et ainsi éviter qu’une situation d’échec thérapeutique ne conduise à une escalade des traitements ou à une perte de confiance.
La recherche clinique, un levier pour améliorer les pratiques
La recherche clinique sur la dermatite atopique s’est fortement développée avec l’arrivée de nouvelles alternatives thérapeutiques. Mais les essais cliniques menés avant la mise à disposition d’un traitement ne permettent pas de répondre à toutes les questions qui se posent ensuite dans la pratique quotidienne.
Les données de vie réelle sont donc devenues essentielles pour évaluer l’efficacité et la tolérance des traitements chez les patients suivis en routine, sur des durées plus longues et dans des situations plus diversifiées que celles des essais cliniques.
C’est notamment l’un des rôles du réseau GREAT-FRADEN : fédérer les centres experts français afin de conduire des études multicentriques et de constituer des cohortes de patients suivis dans la durée. Ces données permettent de mieux documenter l’utilisation des traitements en pratique courante, mais aussi de répondre à des questions qui ne peuvent pas toujours être étudiées dans le cadre de la recherche industrielle.
Depuis 2018, le réseau mène régulièrement des travaux autour de la maladie et de ses traitements. Pour n’en citer que quelques-uns : l’essai DUPISWITCH s’est intéressé aux stratégies à adopter en cas d’effets indésirables conduisant à changer de traitement ; l’étude TRALO-OEIL aux effets indésirables ophtalmologiques associés aux biothérapies ; l’étude PREGRALL, à la prévention de la dermatite atopique chez les enfants à risque, à travers la supplémentation en prébiotiques de la mère pendant la grossesse. Bien que les résultats n’aient pas permis de démontrer d’effet préventif à l’âge d’un an, le suivi des enfants se poursuit jusqu’à leurs 5 ans.
Construire les traitements de demain
« La prise en charge de la dermatite atopique a beaucoup progressé ces dernières années, avec de nouvelles possibilités thérapeutiques. Mais pour en bénéficier, il faut d’abord en parler à son médecin. L’accès aux dermatologues peut être difficile et leur expertise reste indispensable pour certaines prescriptions. Il ne faut donc pas s’arrêter à l’absence de rendez-vous disponible sur les plateformes en ligne : les médecins généralistes peuvent s’appuyer sur des réseaux de soins et solliciter des dermatologues avec lesquels ils travaillent pour orienter leurs patients et faciliter l’accès à cette expertise. La recherche continue également à avancer, notamment chez les enfants. Les essais cliniques pédiatriques sont plus complexes à mettre en place : ils demandent une forte disponibilité des familles et peuvent susciter des inquiétudes légitimes chez les parents. Pourtant, ces essais sont essentiels : c’est grâce à eux que l’on peut disposer des données nécessaires pour évaluer les traitements chez l’enfant et permettre, lorsqu’ils démontrent leur efficacité et leur sécurité, leur autorisation dans cette population. » souligne le Pr Sébastien Barbarot, coordonnateur du réseau GREAT-FRADEN et dermatologue au CHU de Nantes.
Prévue pour débuter au premier trimestre 2027, une nouvelle étude nationale coordonnée par GREAT-FRADEN permettra notamment d’évaluer différentes stratégies thérapeutiques et de mieux comprendre leur place dans la prise en charge des patients. Les personnes souhaitant obtenir des informations sur les prochaines études ou sur les modalités de participation peuvent contacter le réseau à l’adresse bp-reseau-fraden@chu-nantes.fr
- À propos de GREAT-FRADEN
Coordonné par les Prs Sébastien Barbarot, Delphine Staumont-Sallé, Julien Seneschal, Angèle Soria, Audrey Nosbaum et Marie Tauber, GREAT-FRADEN pour FRench Atopic DErmatitis Network, est un réseau de recherche sur la dermatite atopique, une maladie chronique pour laquelle les options thérapeutiques sont encore limitées malgré un impact réel sur la qualité de vie des patients. Le réseau conduit des études pour mieux identifier les profils des patients, leurs biomarqueurs, ainsi que leur profil de réponse et de tolérance aux traitements afin de personnaliser au mieux leur prise en charge. Labellisé par F-CRIN en 2022, GREAT-FRADEN est issu du GREAT (Groupe de Recherche sur L’Eczéma ATopique) de la Société Française de Dermatologie. Le réseau compte à ce jour 31 centres d'investigation clinique et 9 laboratoires de recherche fondamentale et conduit des études pour mieux identifier les profils des patients, identifier leurs biomarqueurs et leur profil de réponse et de tolérance aux traitements afin de personnaliser au mieux leur prise en charge. Plus d’informations : https://fraden.org
- À propos de F-CRIN
F-CRIN est une infrastructure nationale de recherche clinique créée en 2012 et portée par l’Inserm. Elle est portée par l’Inserm en association avec les hôpitaux, les industriels en santé et les universités, et soutenue par l’Agence nationale de la Recherche et le ministère de la Santé. Sa mission est de renforcer la compétitivité de la recherche clinique française en créant une dynamique scientifique et opérationnelle collective, au service des patients et de l’innovation en santé. F-CRIN s’appuie pour cela sur trois piliers : fédérer les acteurs de la recherche clinique, développer l’expertise des professionnels en mutualisant savoir-faire, ressources et moyens, et accélérer l’appropriation de nouvelles pratiques et le développement de nouvelles solutions thérapeutiques. F-CRIN s’appuie sur un modèle fédératif unique en Europe, qui rassemble aujourd’hui 29 composantes complémentaires au service de la recherche clinique en France : 27 réseaux et plateformes de recherche clinique labellisés, 1 cellule de coordination nationale et 1 plateforme de support au montage et à la réalisation d’essais cliniques. Forte de plus de 2 000 professionnels unissant leurs expertises et leurs moyens, F-CRIN constitue également l’interface française du réseau européen de recherche clinique ECRIN pour favoriser la participation des équipes et centres français aux essais cliniques multinationaux. Plus d’informations : https://www.fcrin.org